lundi 24 février 2014

Efficacité de la téléphonie mobile dans l’encadrement des producteurs ruraux à l’ouest-Cameroun

Photo : F. Fiondella (IRI/CCAFS).
L’une des missions de la vulgarisation et le conseil agricole, consiste à fournir aux producteurs des informations et autres services nécessaires pour leur activité de production. Le téléphone portable est de ce fait utilisé comme outils de communication pour réaliser cette mission et atteindre une grande masse de producteurs dans les zones d’accès limités. Malgré l’enclavement de la piste rurale qui mène au groupement Fondonéra à l’ouest-Cameroun, les producteurs ont continué a bénéficié d’un encadrement à distance via leur téléphone portable. La diffusion des informations sur le marché/prix et des opportunités se sont faites par des appels vocaux et des SMS. Une appréciation positive est observée en ce qui consiste la mise en relation des producteurs et autres acteurs (fournisseurs et commerçants). Les femmes ont démontrés qu’elles s’arriment bien à la technologie actuelle. Malgré le faible niveau d’éducation qui limite le service SMS, on observe un manque d’infrastructures qui limite l’accès à tous du signal GSM.

Présentation du service d’accompagnement des producteurs via la téléphonie mobile

Ce service a été développé par un Agent Vulgarisateur de Zone (AVZ) dans l’optique de garder le contact avec les producteurs de sa zone d’encadrement suite à l’enclavement des routes. Ensuite il a reçu l’appui technique de l’Association Agriculture-TIC-Développement (Agrotic-Dev). Aucune application n’a été conçue à ce sujet. La mise en œuvre s’est faite dans le cadre d’une étude de pré-faisabilité en vue du déploiement de ce service sur l’étendue de la région de l’ouest.
Période : Le présent service a été mis en œuvre entre Juin-octobre 2011 et Juillet-Septembre 2012 dans le groupement Fondonéra qui compte environ 12 villages.
Principe : Dans la mesure où dans la base de données de l’AVZ, tous les leaders des organisations paysannes qu’il encadrait avaient un téléphone portable et environ 80% de membres de chaque organisation avaient aussi accès à un téléphone, nous avons décidé d’utiliser cet outil de communication comme un canal pour l’encadrement et l’accompagnement à distance des producteurs. Ainsi la communication verbale (appels vocaux) permettait de communiquer avec les producteurs directement pour apporter une solution ponctuelle sur un problème identifié. Il suffisait juste aux producteurs de faire un "bip" au numéro de l’AVZ, ce dernier rappelait pour recueillir la préoccupation du producteur. Ensuite une solution immédiate pouvait être apportée ou alors renvoyée ultérieurement le temps pour l’agent vulgarisateur de rassembler les éléments de réponse nécessaire. Le service SMS permettait d’envoyer des alertes aux producteurs notamment des informations sur les marchés/prix, la convocation aux réunions, aux formations et certaines informations sur les opportunités de financement des projets agropastoraux. Pour réussir à ce service SMS, l’AVZ avait créé un groupe dans sa messagerie contenant les numéros de téléphone des producteurs. Ainsi, le message était envoyé au compte du groupe.
Financement : Le financement de ce service provenait d’une modeste contribution de l’association AgroTIC-Dev qui consistait à recharger régulièrement le crédit de communication de l’AVZ en raison de 5000FCFA/semaine. Ensuite, on pouvait profiter des avantages liés à la recharge du crédit d’un certain montant (100 SMS gratuits pour toute recharge de 2 500F CFA) ; ce qui permettait de bénéficier de 200 SMS/mois. Mieux encore, certaines offres permettaient d’avoir des appels à des coûts préférentiels à savoir 250FCFA pour des appels illimités pendant trois heures de temps. 

La redynamisation des producteurs délaissés

 Dans la zone d’étude, les producteurs se sentaient souvent abandonnés en saison de pluies car ne sachant à qui s’adresser lorsqu’ils rencontraient des difficultés. Le plus souvent, ils étaient victimes de graves catastrophes dans leurs exploitations. Cette situation a longtemps entravé la relation entre l’agent vulgarisateur et les producteurs qui n’avaient plus totalement confiance en celui-ci. Cependant, grâce au téléphone portable, cette relation s’est améliorée positivement. Raison pour laquelle environ 80% des enquêtés pensent que même si leur zone est enclavée, ils sont en contact permanent avec leur encadreur qui apportent des solutions promptes à leur préoccupation comme en témoigne ce producteur de porcs: « avant le téléphone ne servait qu’à recevoir mes coups de fils, je n’appelais que lorsque mon fils m’envoyait le crédit de communication. Mais depuis que je sais que je peux obtenir des solutions directes à partir du téléphone, je m’efforce à avoir en permanence le crédit de communication pour rester en contact avec l’AVZ et obtenir des informations ».  

La perception des producteurs

 La perception des producteurs varie selon le niveau d’utilisation du téléphone portable pour l’activité agricole.
Les producteurs de la zone d’étude pensent que ce service a eu une influence positive sur le fonctionnement de leurs unités de production.
Pour ce producteur de vivriers, « lorsque j’avais des problèmes, il fallait que j’attende l’arrivé de l’AVZ pour chercher une solution. Mais depuis que nous discutons régulièrement par le téléphone, j’arrive à réduire les coûts de transport pour l’achat des produits phytosanitaires. Même si j’achète un peu plus de crédit téléphonique, cette augmentation est très inférieure au coût de transport fréquent que je dépensait pour aller chercher des solutions en ville auprès des vendeurs d’intrant ». 
Photo : F. Fiondella (IRI/CCAFS).